Cette veste est née d’un problème : que vais-je porter pour mon séjour de quatre jours, fin avril, à Édimbourg ? J’ai des manteaux d’hiver, mais pas vraiment de veste de mi-saison acceptable. Celles que je possèdent sont vieilles et ne me vont plus. Disons les choses : elles ne ferment plus. Avec l’âge, j’ai pris… de la sagesse. Voilà, disons ça. De la sagesse. Et des centimètres sur le tour de taille, aussi. Bref, il me fallait une nouvelle veste et j’avais en tête depuis longtemps le modèle Julien de Ready to Sew, une marque de patrons dont je suis très fan, aussi bien pour le style des modèles que pour leur qualité en termes de construction et de pas-à-pas.
Le tissu vient de Marynap, une boutique creusoise que j’aime beaucoup. Au début, je prévoyais d’en faire un autre pantalon Bisque de Vivian Shao Chen, car j’aime beaucoup celui que j’ai et je voulais une version à porter aux mi-saisons. Finalement, je suis partie sur d’autres projets de couture et cette idée-là est restée dans un coin de ma tête, sans être concrétisée. Quand j’ai décidé de faire la veste Julien, j’ai d’abord cherché dans mon stock de tissus si je pouvais trouver quelque chose d’approprié. Cette toile de jean en coton fut une évidence. Surtout que ma meilleure amie m’avait offert une très belle popeline de coton, absolument ravissante, mais pas vraiment accordée avec le reste de ma garde robe. Cette belle nuance de vieux rose était parfaite avec le vert du jean !



Histoire de me ralentir encore un peu plus, j’ai aussi décidé de faire des surpiqûres avec du fil contrastant. Après quelques tests, je me suis arrêtée sur le jaune, parce que c’est l’une de mes couleurs préférées et parce que ça marche très bien avec le vert et avec le rose de la doublure. Surpiquer avec un fil contrastant est suggéré dans le tutoriel de la veste, pour un look « veste de travail ».
Travailler sur la veste Julien fut à la fois une plaisir et une galère. Je le dis tout de suite : 100% des galères sont de ma faute ! Après avoir patiemment assemblé la veste (en changeant de fil à chaque fois qu’il fallait surpiquer, bien sûr), puis la doublure, après les avoir cousu ensemble, après avoir terminé les derniers points à la main… je me suis rendue compte que j’avais mal placé les poches. Je ne sais pas comment je m’y suis prise pour faire une erreur pareil. Cela faisait deux jours que j’avançais tranquillement sur ce projet et que je me disais que, tout de même, quelque chose me titillait. Impossible, toutefois, de mettre le doigt dessus. Après avoir terminé la couture à la main, ça m’a sauté aux yeux : au lieu de placer les poches contre les coutures côté, j’avais collé les miennes du mauvais côté. Concrètement : elles se trouvaient là où j’étais censée ajouter les boutons.



J’ai sérieusement envisagé de ne pas corriger mon erreur. Je me suis dit que j’allais sacrifier un peu des poches, qui sont grandes, en cousant une marge de 3 cm le long des ouvertures de la veste. La nuit a toutefois porté conseil. Le lendemain, après le boulot, armée d’un thermos de thé, de mon découd-vite et d’une série TV feel good, j’ai défait toute les coutures nécessaires. Ça m’a pris trois bonnes heures, mais en regardant la série, le temps est passé vite et ce ne fut pas une corvée. J’avais peur que le tissu soit abimé ou porte encore des traces (le haut des poches est sécurisé par un point bourdon assez costaud), mais la qualité finit toujours pas payer : le tissu était nickel. J’avais aussi coupé un peu les marges de coutures des poches, mais heureusement j’avais gardé assez de tissu et j’ai pour tout ré-assembler sans problème. Ce que je n’attendais pas, c’était le plaisir que j’ai ressenti d’avoir fait les choses correctement.
Ce que j’aime, en couture, c’est que c’est un vrai espace de créativité pour moi et que je parviens, la plupart du temps, à ne pas me mettre trop de pression. Parfois, je prends des raccourcis. Parfois, je ne corrige pas une erreur parce qu’elle ne m’empêchera pas de porter le vêtement. Parfois, je prends le temps de faire les choses absolument parfaitement. Tout est possible : je peux être flemmarde, je peux être rigoureuse. Je peux essayer de réparer une erreur en faisant preuve d’ingéniosité, je peux accepter l’imperfection ou je peux passer une journée entière à défaire des coutures pour tout refaire ensuite correctement. C’est une liberté folle que de pouvoir choisir : ce n’est pas mon travail, je n’ai pas de chef-fe, je suis la seule capitaine à bord et je navigue comme bon me semble. Peu de domaines, dans ma vie, m’offrent une tel espace de respiration.


Le reste de la couture fut une promenade de santé. Et c’est dû à la qualité des pas-à-pas de Ready to Sew. La couture des poignets, par exemple, pourrait être compliquée. J’ai dû être attentive et précautionneuse, c’est vrai, mais il m’a suffit de suivre les indications du tutoriel pour arriver à bon port. J’avais déjà fait une veste Ready to Sew, c’était le modèle Pekka. C’était la première fois que je faisais un vêtement doublé, je suis encore super fière quand je la porte (c’est à dire tout le temps : en hiver je l’utilise comme veste d’intérieure, au printemps et en automne je la porte comme veste de mi-saison le matin et le soir, en été elle est très utile lorsque les soirées sont fraiches). La technique que j’ai appris ce jour-là m’a servi à d’autres occasions. Je suis sûre que la veste Julien aussi va garder une place spéciale dans ma vie de couturière.
Par contre : je ne l’ai pas porté une seule fois à Édimbourg. Je l’ai pourtant emporté dans mes bagages, mais… il a fait trop chaud ! Fin avril, la météo fut anormalement chaude à Édimbourg et ailleurs en Europe. Je me suis retrouvée, le dernier jour de mon voyage, à porter le t-shirt qui me sert de pyjama, car c’était le seul t-shirt jersey basique que j’avais. Tout le reste était prévu pour un temps plutôt frais qu’on m’avait promis à Edimbourg. Tant pis pour ma veste, elle a tenu chaud à ma valise ! Depuis, le temps est redevenu frais… et je l’ai porté très, très souvent.
Infos techniques
Patron :
Veste Julien, de Ready to Sew
Taille : 50
Version doublée
Aucune modification
Tissu :
Environ 2,5 m de toile de jean acheté chez Marynap
Environ 1,7 m pour la doublure, une popeline de coton
qui m’a été offerte par ma meilleure amie.

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