Corée du Sud : la perle cachée

27 septembre 2015
Les Coréens disent de leur pays qu’elle est la perle cachée de l’Asie. Ils n’ont pas tort. Lorsque l’on s’envole pour le continent asiatique, on pense plus spontanément à la Thaïlande, à la Chine, au Japon, au Vietnam… Pendant longtemps, la Corée du Sud est restée l’un des « cinq dragons », ces pays au développement économique si rapide, dont mes professeurs d’histoire me parlaient au collège.

Quand j’étais ado, je me suis intéressée à la Corée. Je lisais des mangas, grâce auxquels j’ai découvert les adaptations en série de ces mangas. Les séries tv s’appellent les « dramas ». Au Japon, à Taïwan et en Corée, c’est un phénomène culturel très important, équivalent à celui des telenovelas dans le monde hispanophone. Les dramas japonais m’ont fait découvrir les dramas coréens, qui m’ont fait découvrir la Corée. Résultat, en 2011, alors que mon stage a Hong Kong se terminait, j’ai décidé de m’offrir deux semaines de vacances en Corée du Sud. Depuis Hong Kong, les billets d’avion sont trois fois moins chers que depuis la France.

Arrivée au mois de juillet. En plein été, à Séoul, il fait chaud et humide. Il est quasiment 22 h, à peine sortie de l’aéroport, j’étouffe déjà ! J’ai pris une chambre dans une auberge de jeunesse. En Corée, les auberges de jeunesse valent largement nos hôtels ! C’est très propre, calme, lumineux, avec un grand espace de vie et une équipe incroyablement attentive. J’avais l’impression d’arriver à la maison !

Première étape : visiter Séoul. Mais il pleut. J’ai commencé par le musée dédié au roi Sejong. Il a une importance particulière dans l’histoire coréenne. C’est notamment lui qui a fait mettre au point l’alphabet coréen. Contrairement aux Chinois et aux Japonais, les Coréens utilisent un alphabet, avec des pictogrammes qui forment des syllabes, puis des mots. Pour apprendre à lire, c’est infiniment plus facile ! Je me souviens avoir passé un certain temps dans ce musée. D’une, pour rester à l’abri de la pluie et de deux parce qu’il est plein d’objets et de reproduction de l’époque.

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Le musée se trouve en fait sous terre, sous la statue du roi Sejong. La grande place se transforme en jeux d’eau pour les enfants le soir. Vu la chaleur, tout le monde profitait des jets d’eau et les enfants courraient dans tous les sens. Sauf un petit garçon, qui avait l’air d’avoir environ deux ans. Il regardait les jets d’eau l’air un peu étonné. Pas vraiment apeuré, juste surpris, comme si l’idée de se mouiller ne lui serait jamais venue à l’esprit et qu’il ne saisissait pas pourquoi les autres gamins avaient l’air de s’amuser autant ! Son père essayait de le convaincre gentiment, mais il est resté planté juste à la limite des jets d’eau, sans avancer, curieux, mais pas intéressé. Au moment où j’ai appuyé sur l’obturateur, il s’est tourné vers moi d’un seul coup, il m’a tellement surprise que j’ai failli ne pas prendre la photo ! Finalement, c’est une de mes images préférées de Corée, précisément parce qu’elle me rappelle ce souvenir.

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Juste derrière le musée se trouve le palais Gyeongbokgung. C’est le plus important d’une série de cinq châteaux qui se trouvent encore dans Séoul. Il a été restauré et reconstruit plusieurs fois. On passe la grande porte, des acteurs sont habillés comme les gardes de l’époque et posent, stoïques, pour les photos des touristes. Il y a le bâtiment principal. Mais rapidement, je me suis perdue ! Le Gyeongbokgung est plus un complexe de divers bâtiments qu’un château au sens européen du terme. Alors que les touristes restaient presque tous autour du bâtiment principal, je me suis retrouvée seule dans les jardins, en marchant vers les bâtisses secondaires. La pluie a eu la bonne idée d’attendre que je sois à l’abri pour se remettre à tomber. La pluie, en Corée, n’a rien à voir avec celle que l’on connaît en France. Quand ça tombe, ce ne sont pas juste des hallebardes, des chats, des chiens et des crocodiles que vous prenez sur la tête. Restez là-dessous sans parapluie quelques minutes et vous serez aussi trempés que si vous aviez plongé dans une piscine tout habillés. Cela dit, j’adore la pluie, surtout les averses. J’étais ravie, je me suis amusée à prendre un tas de photo et à zigzaguer sous les toits et les coursives pour ne pas finir complètement trempée ! À un moment, une jeune Coréenne s’est approchée de moi et m’a demandé, en anglais, si j’étais bloquée par la pluie et si je voulais revenir vers l’entrée du château avec elle, sous son parapluie. Voilà l’une des illustrations de la gentillesse des Coréens. La plupart du temps, ils sont très accueillants et gentils avec les touristes, ravis que vous ayez choisi de découvrir leur pays, dont ils sont très fiers.

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Séoul n’est pas une ville très intuitive pour les touristes. En tout cas, elle ne l’était pas au moment où j’y suis allé. En soi, ce n’est pas une ville particulièrement belle. Ce n’est pas une critique, j’ai adoré la visiter, mais contrairement à Paris, Rome ou New York, l’architecture n’est pas exceptionnelle. La ville est moderne, elle a été presque complètement détruite pendant la guerre. Mon grand-père faisait partie du bataillon français de la force onusienne, il se souvient de Séoul pendant la guerre qui a scindé la péninsule en deux. Quand il a vu mes photos, il n’a rien reconnu. Le Séoul qu’il connaissait était un champ de ruine. Aujourd’hui, Séoul est une ville principalement fonctionnelle et moderne. Ce qui ne veut pas dire qu’elle manque de charme ! Mais pour les touristes, il n’est pas toujours facile de savoir ce qu’il faut voir. La municipalité a donc eu la bonne idée de mettre en place un bus qui rallie chaque attraction. Avec un seul ticket, on peut descendre, visiter un quartier et remonter dans le bus suivant. En général, je fuis les bus à touristes comme la peste. Mais je venais de terminer trois mois de stage intense. L’épuisement m’a fait choisir la facilité. Je me suis donc retrouvée à Sunkyunkwan, l’ancienne université de Séoul. Beaucoup de dramas historiques y ont été tourné et tous les fans adorent y passer, espérant reconnaître des scènes. L’université existe encore et elle reste, comme à l’époque, l’une des plus prestigieuses du pays. Mais on peut désormais y étudier autre chose que les écrits de Confucius !

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Au final, j’ai visité presque tous les châteaux et les « vieilles pierres », même si le bois est le matériel privilégié. J’en garde un souvenir d’apaisement. Peu de touristes ont osé bravé la pluie, j’étais souvent seule, assise sous un morceau de toit, à écouter les gouttes s’écraser sur le sol, les toits, contre les murs et s’accrocher dans les feuilles des arbres.
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Mais Séoul, c’est aussi, une vie nocturne très sympa. Je vous prévois un article rien que sur la nourriture. Il y a une chose que les Coréens savent faire : à manger et à boire ! La cuisine coréenne est l’une de mes préférées. C’est bon, sain et convivial. Avant ou après le repas, rien de tel qu’une balade dans les rues de Séoul !

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Même si je n’avais que deux semaines, ce qui ne suffit absolument pas pour explorer Séoul comme elle le mérite, j’avais envie de voir autre chose. Trois options : l’île de Jeju, l’une des destinations touristiques préférées des Coréens, un peu comme la Côte d’Azur pour les Français ; Busan, la deuxième ville du pays, une cité portuaire et populaire, dont les habitants sont connus pour leur gouaille et leur accent (en d’autres termes : Marseille) ou… se perdre au centre de la Corée ! J’ai choisi la troisième option. L’île de Jeju est trop chère et Busan, trop urbaine. Un matin, aux aurores, j’ai donc sauté dans un bus qui m’a conduite à Andong, d’où je pouvais trouver un village connu pour être très typique. Sur le chemin, j’ai sympathisé avec Singapourienne. Arrivées au village, nous étions un peu déçues : c’était une sorte de Disneyland, un village vide destiné uniquement aux touristes. Seul attrait : une petite arène dans laquelle se déroulaient tous les jours des spectacles burlesques comme ils en jouaient au 18e siècle. Et c’est là que je me suis payée l’une des plus jolies hontes de ma vie. Je vous explique.

Ma nouvelle copine, bien mieux informée que moi, m’explique qu’il faut absolument assister à ce spectacle. Nous prenons place dans l’arène. Je suis la seule visage pâle, ma compère étant une Chinoise de Singapour. Les acteurs arrivent, ils commencent le spectacle, tout le monde rit, sauf nous deux puisque nous ne comprenons rien au Coréen. L’acteur pose une question, les gens répondent. Les noms de villes fusent, on comprend qu’ils demandent d’où nous venons : « Singapour ! » – « woaaah » répond la foule. « France ! » – « waoooaaaaaaaah ! ». Bon, ils aiment bien les Français. Le spectacle continue, tout le monde s’amuse. Ça danse et ça chante, bref ça se passe de traduction. L’acteur recommence son monologue et deux jeunes filles, parmi l’assistance, se lèvent et viennent au centre de l’arène. D’un seul coup, tout le public se tourne vers moi comme un seul homme. Ça surprend. Je rougis. L’une des jeunes filles s’approche et me dit en anglais que je dois venir au centre de l’arène, moi aussi. Mais pourquoi ? Pour danser. Je suis aussi rouge qu’une pivoine. Ma Singapourienne, hilare, m’ôte l’appareil photo des mains et me pousse vers la scène. L’acteur nous demande de nous trémousser, en tournant sur nous-mêmes et en levant les mains. Vous auriez fait quoi, vous ? Je l’ai fait. À moitié mortifiée, à moitié morte de rire. Finalement, l’acteur fait mine de me faire un baise-main et me congédie d’un « merci mademoiselle ! » (en français !)

Je vous l’accorde, il y a pire en terme de honte ! Ça reste quand même un cuisant (mais hilarant) souvenir !

La vraie récompense est venue après : ma Singapourienne avait réservé pour passer la nuit dans une maison d’hôte. Le propriétaire vient nous chercher à la gare. 30 minutes à sillonner dans les montagnes avant d’atteindre une magnifique demeure. On apprécie l’authenticité que le village-démo n’a pas su offrir. Le lendemain, visite d’un temple. Là non plus, ça ne sent pas le touriste. D’ailleurs, je suis seule. Puis, retour à Séoul.

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Il me restait deux choses à faire : tester le sauna à la coréenne et le karaoké.

Commençons par le karaoké. Au cours du voyage à Andong, j’ai rencontré un Américain et trois Coréens. Deux des Coréens vivaient sur Séoul et on a échangé les adresses mails pour se revoir. Nous sommes allés prendre un verre, ils m’ont parlé de la Corée, je leur ai parlé de la France. Puis, ils m’ont proposé un karaoké. Je chante à peu près juste, mais ce n’est quand même pas super agréable à entendre, surtout pendant plus de 3 minutes. Mais ils ont insisté, ils m’ont assuré qu’ils ne chantaient pas très bien. Curieuse, j’ai dit oui. J’ai bien fait, je me suis beaucoup amusée. Les Coréens, comme les Japonais, ne chantent pas en public. On loue une petite salle, souvent pas plus de 6 min 2 s, avec un écran et un ordinateur et chacun choisit ses chansons. Seuls vos amis seront les témoins de votre déshonneur. Seule, j’aurais passé tout mon temps à essayer de comprendre comment fonctionnait l’ordinateur, tout étant écrit en coréen. Avec eux, c’était très drôle ! Sauf que ces traitres chantaient sacrément bien…

Le sauna. À faire absolument si vous mettez les pieds à Séoul ! La plupart des guides vous donnent même des adresses « tourists friendly ». Avec une Américaine rencontrée à l’auberge de jeunesse, j’ai atterri dans un immense bâtiment. Trois étages, dédiés uniquement aux plaisirs du bain. Les Coréens ne rigolent pas avec le sauna, pas plus qu’avec le karaoké. C’est tout un art. Au rez-de-chaussée, on paye (une misère, dans mes souvenirs ça représentait tout juste quelques euros), la standardiste vous donne un short et un t-shirt à l’effigie de l’établissement. Direction le deuxième étage, celui des femmes. Là, c’est la partie gênante pour les Occidentales que nous étions. Les bains. Complètement nues. Les Coréennes s’en fichent complètement. Passé le moment un peu étrange, quand tu essaies de ne pas poser les yeux là où tu ne devrais pas dans une pièce remplie de femmes nues, tu finis par te relaxer. Après tout, on est là pour se détendre. Les bains, c’est le bonheur. Avec ou sans bulle, froids ou chauds… avant toute chose, on se douche. Pas question de s’immerger toute crasseuse ! Une fois qu’on a bien mariné, on se sèche, on met l’accoutrement donné à la réception et on descend dans la salle commune. Là, il fait un peu plus chaud, c’est la partie sauna. Les gens mangent, dorment, regarder la télé, discutent… Le sauna est l’un des lieux de la sociabilité coréenne. Les choses se corsent dans le véritable sauna. 80°. J’ai vérifié le thermomètre quatre fois. Aujourd’hui encore, je me demande si mes yeux ne m’ont pas joué des tours. Sorties de là, rouge comme des écrevisses et ayant perdu quatre kilos de sueur, on va au frigo. -5°. J’ai vu la transpiration sur mes bras s’évaporer d’un coup, avec un léger « psssscht » que j’ai peut-être imaginé, ou peut-être pas, nous ne le saurons jamais. Résultat : une peau éclatante et un état de relaxation que j’ai rarement connu dans ma vie !

En résumé : deux semaines magiques ! Si avec tout ça, je ne vous ai pas convaincu, je ne sais pas quoi vous dire de plus ! J’adorerais retourner en Corée et c’est une destination que je recommande chaudement. Les Coréens sont d’une gentillesse désarmante, le pays est comme un diamant brut. Il n’en met peut-être pas plein les yeux comme peuvent le faire la Chine, le Japon ou encore le Vietnam, mais vous découvrirez un véritable trésor.

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Lisa

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