Nice

14 juillet 2017
nice

J’ai mis pratiquement un an à écrire ces mots. Pourtant, dès l’instant où j’ai posé le pied à Nice, je suis tombée sous son charme. Nissa la bella. Niça la bèla, en Nissart. Il y a exactement un an, la ville a subi l’une des pires soirées de son histoire. La Promenade des Anglais, la « prom » comme on l’appelle ici, c’est le coeur de Nice. Le seul endroit où TOUS les Niçois se croisent. Les touristes, les résidents étrangers, les Niçois de fraîche date ou ceux dont la famille est dans la région depuis quatorze générations… On y conduit, on vient y faire son jogging, on vient flâner devant le Negresco, on vient s’assoir sur les chaises bleues, on vient observer les touristes de luxe sur les plages privées.

Je voulais vous parler de Nice, à la fois parce que l’attentat s’est passé il y a un an et qu’il faut tourner une page. Mais aussi pour vous raconter la beauté de cette ville, son caractère, son panache, sa classe, sa roublardise, son franc-parler. Pourtant, au début, ce n’était pas gagné.

Je suis arrivée il y a deux ans, pour le travail, en me disant : « je n’aime pas Nice ».

Je déteste la chaleur, j’abhorre le soleil agressif. Quand le thermomètre fleurte avec les 27 degrés, j’étouffe. Quand il s’encanaille avec les 30 degrés, je suffoque. Je n’aime pas la mer, je préfère l’ocean. Je n’aime pas les touristes, la suffisance des Azuréens, leur « Prom ». Ils peuvent pas dire « la promenade des Anglais » comme tout le monde ? Et puis qu’a-t-elle de si incroyable, cette promenade des Anglais ? C’est une route, qui long le littoral, avec des palmier plantés dessus. La belle affaire.

Quand mon chef m’a dit : « tu veux pas aller travailler pendant six semaines à Nice ? », j’ai répondu : « oui, bien sûr ! ». En fait, je pensais : « NOOOOOON » Mais comment faire autrement ? Quand tu es au bas de l’échelle professionnelle, tu obéis au chef. En réalité, j’avais une image lamentable de Nice. Je l’imaginais comme une ville superficielle, rythmée par le tourisme et le bling-bling. Les vrais Niçois ? C’est comme les vrais Parisiens, ça n’existe pas. J’ai tout de même chargé ma voiture et j’ai pris la fameuse autoroute du soleil.

J’arrive par la Promenade des Anglais. C’est beau. Vraiment beau. Putain, c’est beau ! Nous sommes en plein hiver, mais la lumière est incroyable.

nice

À ma droite, l’eau bleue, parfois sombre, parfois turquoise, de la Méditerranée. Calme, mais pas domptée. Même en janvier, il y a des gens sur les galets. Miami beach, Bambou plage, Florida beach, Blue beach, Lido plage… la Promenade des Anglais se partage entre plages privées, avec leurs rangées de parasols, comme de petits soldats au garde-à-vous, et plage publique. Sur le bitume, je croise des joggeurs, des cyclistes, des promeneurs, des touristes.

À ma gauche, les palmiers et juste derrière, les immeubles, les résidences, les grands hôtels, les cafés, les restaurants, le casino Rhul… Très vite, le Negresco attire le regard. Le fameux Negresco. Les touristes s’arrêtent tous devant pour mitrailler la façade arrondie, icône de la Belle époque, surmontée par les toits rose pâle. Sur le palier, les voituriers, impeccables dans leur livrées rouge et bleu, réussissent le tour de force d’allier l’attitude hautaine typique des palaces à la chaleur et à l’allant des Azuréens. Je compte : deux Ferraris, une Rolls, une vieille Alpine en parfait état. Il y en a pour combien de millions, garés au pied du plus belle hôtel de Nice ?

nice

Il est temps de découvrir le reste de la ville. Direction le Vieux-Nice, « le Vieux », comme on dit ici. Le changement d’ambiance est immédiat : « Je suis encore en France ? » Les rues étroites serpentent, montent, descendent, tournent brusquement. Les murs sont jaune, rouge, orange. Les façades montrent les signes du temps et du soleil. Pourtant, je n’emploierai pas le mot de décrépi. Ces murs me font penser à un veil homme dont les rides racontent des histoires. Nice est soit la plus italienne des villes françaises, ou la plus française des villes italiennes.

nice

Sur le Cour Saleya, et son marché aux fleurs, on croise des Niçois qui mettent un point d’honneur à se comporter comme si Nice était un village. Les 340 000 habitants ? Pfffff ! Sur le marché, les Niçois au teint hâlé 365 jours par an se font la bise en s’attrapant par les épaules, s’apostrophe avec de grands gestes comme s’ils ne s’étaient pas vu depuis six mois, alors que ça fait tout juste six heures. Quel cliché ! Mais ces sourires sont communicatifs. Attention, ils sont farouches, quand même. Le Méditerranéen est jovial, mais il faut gagner sa confiance et sa bienveillance.

nice

Les premiers temps, je vis dans un petit studio, celui d’une collègue, juste à côté du Negresco. Puis, je finis par déménager. Je m’embourgeoise : à moi les hauteurs, dans les collines. Pas n’importe laquelle : Cimiez, du côté du monastère. C’est l’un des secrets (de polichinelle) des Niçois : près du monastère de Cimiez, les jardins sont l’un des coins les plus agréables de la ville pour profiter d’un pique-nique ou d’une promenade post-déjeuner. D’ailleurs, personne ne s’y trompe : ni les mamies huppées avec un yorkshire au bout de la laisse, ni les jeunes parents à poussette. C’est l’un des (trop rares) coins vraiment verts de Nice. Même si je n’ai jamais trouvé que la ville était trop bétonnée, tant les couleurs la font rayonner, il faut admettre que les espaces verts ne sont pas légions.

En plus du parc, le monastère est un enchantement. Quand le soleil tape fort (et Dieu sait qu’il aime taper sur la Côte d’Azur), quel plaisir de se réfugier dans l’ombre et la fraîcheur. Quand j’ai le courage de ressortir, je vais me balader du côté de l’hôtel Régina. De quel esprit fantasque est donc sorti ce bâtiment ? Tout, depuis l’architecture jusqu’aux verrières, me fait voyager dans le temps, direction la Belle Epoque. J’imagine sans mal le Tout-Nice venir dans l’hôtel pour rencontrer le Tout-Paris, descendu en vacances pour l’hiver. La douceur de la Côte d’Azur l’a toujours emporté sur la grisaille parisienne. Aujourd’hui, ô tristesse, l’hôtel est devenu une résidence et il est interdit d’y accéder. Rien que la façade suffit à mon plaisir. Cela fait déjà plusieurs mois que je vis ici et déjà cette vue m’est familière, comme quand on rentre « à la maison ».

nice

Et puis, le 14 juillet. C’était il y a pile un an. Là, pour le coup, on ne l’a pas vu venir. Je pourrais multiplier les superlatifs pour décrire le choc, mais ça n’a aucun intérêt. 86 hommes, femmes et enfants tués. Inutile d’ajouter quoi que ce soit. Les semaines qui ont suivi, toute la ville était dans un brouillard.

Un an plus tard, la mairie souhaite des commémorations à la hauteur du traumatisme. Certains iront, d’autres pas. Moi, boulot oblige, je vais y être. C’est pour ça que je poste cet article aujourd’hui. Besoin d’en parler, quand même, parce que la cicatrice est encore béante. Le silence assourdissant qui a suivi l’attentat a cédé la place au bruit, à la rumeur de la ville. Au niveau des apparences, Nice est redevenue Nice. Aujourd’hui, on panse la plaie.

Les touristes continuent de poser leurs valises sur la Côte d’Azur, c’est bien la preuve que la vie, elle, a repris son cours. C’est pour ça qu’il faut venir à Nice, de la même manière qu’on continue de visiter Paris et Bruxelles. Alors venez découvrir le « Vieux », les bars, la plage, les sourires, la Prom.

La Prom. Merde, ça y est, moi aussi je dis « la Prom ». Peut-être que je deviens niçoise.

EnregistrerEnregistrer

4 Comments

  • Eva
    Reply Eva 17 juillet 2017 at 17 h 28 min

    Magnifique article.
    Texte très touchant.
    Photos sublimes.
    Une petite sœur très fière.

    • Lisa
      Reply Lisa 17 juillet 2017 at 17 h 36 min

      Merci Eva, tu sais ce que ça signifie pour moi 🙂

  • Reply Karene 19 juillet 2017 at 23 h 26 min

    C’est l’un de tes meilleurs articles. Je te félicite. Les photos sont superbes comme à chaque fois Merci Lisa

    • Lisa
      Reply Lisa 20 juillet 2017 at 17 h 41 min

      Merci Karène 🙂

    Leave a Reply